Mercredi 25 novembre 2009 3 25 /11 /Nov /2009 09:58

 

Introduction

 

Le développement harmonieux d’un pays dépend essentiellement de la qualité des ressources humaines qui s’y consacrent. Depuis les années 90, les pays de l’Afrique subsaharienne, particulièrement les pays francophones, ont amorcé un nouveau  virage politique sous la dictée de l’occident. La fin théorique des régimes dictatoriaux et des partis uniques, le basculement intégral dans la démocratie et la sourde réprobation des politiques d’ajustement structurel, inhibiteurs de toute initiative nationale de souveraineté, la mondialisation et la globalisation semblent régler définitivement la question honteuse des éternels coups d’état spectaculaires et ouvrir de nouvelles perspectives pour l’épanouissement social, politique, culturel et économique des peuples de ces régions. Dès lors, ces pays apportent une attention particulière à la formation de leurs cadres en marquant une volonté accrue vers le renouvellement des programmes de formation et d’apprentissage. Ils optent de façon résolue pour le système Licence-Master-Doctorat (LMD). Cette option n’accuse pas le système évanescent actuel ni ne le déclasse, car il a donné beaucoup de cadres compétents à cette partie de l’Afrique, mais elle exprime la détermination des pays à moderniser la formation, à l’ouvrir sur les  métiers du terroir et du milieu, et sur ceux du monde. Or, le système qui peut aider à atteindre ces visées est, dans une large mesure, le LMD parce qu’il est porteur d’enjeux et de défis pour l’Afrique. C’est pourquoi il me plaît d’énumérer de façon très schématique les enjeux et les défis du LMD pour l’Afrique globalement, les apprenants et les enseignants en particulier.  

 

I-Les enjeux du LMD pour tous

 

L’enjeu se présente comme une mise au jeu.  En misant sur un objet ou sur un animal, on espère gagner quelque chose, mais on peut y perdre aussi. L’enjeu se définit donc comme un avantage à acquérir ou une perte en s’engageant dans une action. Ainsi, cette partie du développement examine les avantages et les inconvénients du système LMD aussi bien pour l’apprenant, l’enseignant que pour les états.

 

a)      Pour l’apprenant

 

  •  Enjeu de conformité institutionnelle par le respect des orientations des gouvernements, celui peut-être des directives des espaces UEMOA et CEMAC, le respect des standards du REESAO et celui des directives du CAMES en la matière. L’apprenant est certain de la qualité de la formation qu’il reçoit et dispose d’éléments de comparaison à l’intérieur et à l’extérieur de son espace ;
  • Enjeu de professionnalisation de la formation aux différents grades licence, master et doctorat. On pense dès lors que le LMD renferme deux orientations, deux portails de sortie pour l’apprenant : ce sont la recherche et la professionnalisation. Pour dire vrai, il n’y a qu’une seule orientation : la professionnalisation, car la recherche elle aussi est une profession. Là, chaque domaine, chaque mention doivent pouvoir prendre des  initiatives hardies pour professionnaliser. Ainsi, l’apprenant pourra-t-il choisir d’entreprendre une formation de courte durée ou une autre de longue durée. Une pareille mise en place d’un cursus de formation souple et performant, de caractère académique fondamental ou professionnalisant, offre à tous les niveaux la possibilité pour l’apprenant de s’insérer dans le tissu socio-économique. L’on ne perçoit pas bien dans nos pays le caractère professionnalisant de la recherche. Et pourtant, on ne peut enseigner sans la recherche comme il n’y a pas de développement sans elle, car une recherche dynamique transfère les technologies aux entreprises et aux autres secteurs de l’activité productrice de revenus ;
  • Enjeu de flexibilité, de mobilité et d’harmonisation afin de permettre au plus grand nombre, où qu’il soit, de poursuivre sa formation le plus loin possible, afin également de régionaliser, de continentaliser et d’internationaliser la formation. L’intégration plus facile des crédits acquis dans d’autres universités en Europe, en Amérique, en Afrique ou en Asie est un atout important : c’est la transférabilité ;
  • Enjeu de modernité à travers tout à la fois le programme, l’innovation pédagogique, les moyens et techniques d’enseignement, les types d’enseignement, les infrastructures et les équipements. J’ai la conviction que beaucoup de problèmes de pénuries seront réglés par le biais de la réforme : manque de salles de cours, insuffisance d’équipements de laboratoire et de recherche, insuffisance de professeurs, insuffisance de moyens financiers. Je ne dis pas que tout sera réglé subitement, mais progressivement et sûrement, car à chacun son LMD ;
  • Enjeu d’une plus grande lisibilité des niveaux de sortie pour tous (étudiant, famille, professionnels…). Les offres de formation se calqueront sur les métiers existants, sur ceux d’avenir et sur ceux exprimés par les besoins de la société et des entreprises ;
  • L’augmentation des filières ciblées.

 Des problèmes de vie se posent aux populations des pays, qui ont besoin de solutions rapides, 
endogènes et pertinentes. Ce sont l’eau, l’énergie, l’autosuffisance alimentaire, la santé par
les affections des régions tropicales, etc. Ils sont générateurs de métiers dans lesquels
peuvent s’inscrire et évoluer les apprenants ;
  • L’organisation de la formation continue. L’acquisition des connaissances tout au long d’une carrière est ouverte et reste possible pour peu que l’on s’y intéresse. Le résultat d’un tel dispositif renforce les compétences, les complète et les améliore. La rentabilité et l’efficacité du travail n’en seront que plus grandes ;
  • La mise en place d’un système d’orientation progressive. Il est déplorable qu’il n’y ait pas dans la plupart de ces pays un véritable service d’orientation. Même les commissions internes aux universités ne délivrent que des équivalences pour s’inscrire en telle ou telle année alors que l’orientation devrait pouvoir diriger l’apprenant dans le domaine, la mention auxquels le destinent ses capacités intellectuelles. « Soyez maçon si c’est là votre vocation », dit-on couramment. La ruée de la quasi totalité des bacheliers vers les facultés dites de formation classique et déjà par trop engorgées ressemble à de l’aventurisme formative ; elle n’entraîne que des échecs en masse et rend difficile la gestion des flux. L’autre conséquence plus grave est la grande concentration humaine sur un espace restreint créant des étudiants carriéristes, ingénieux dans l’organisation des réseaux de tricheries, de fraudes et de compromissions. La mise en place de ce système donnera un coup d’arrêt à la transhumance estudiantine ;
  • La facilitation des réorientations en cours de cycle par la semestrialisation. L’autonomie relative du semestre permet à l’apprenant, au cas où l’échec serait répétitif, de se réorienter. De même le changement d’intérêt en cours de formation peut y autoriser ; la flexibilité est totale en LMD ;
  • L’instauration d’un système de contrôle des connaissances souple. Ce contrôle peut être continu ou bloqué. En évaluant chaque semestre deux fois dans le meilleur des cas, une grande chance de succès est ainsi donnée à l’apprenant. A quoi servirait encore une session de rattrapage si déjà deux sessions d’examen évaluent chaque semestre ?  La chose serait même difficile à faire. Peut-être devra-t-on pour l’instant revenir à la tradition des évaluations orales de l’université naissante pour régler le problème de la gestion des grands groupes que l’on connaît actuellement. Néanmoins,  le système offre, par le biais du tutorat, la possibilité de la remédiation nécessaire au succès ;
     
  • Le renforcement des capacités méthodologiques et communicationnelles de l’étudiant. L’un des volets de la semestrialisation est l’organisation de l’offre de formation en de grands axes. L’un des axes concerne la méthodologie, l’éthique et la déontologie du métier ou du secteur. En soumettant l’apprenant à cette formation, le LMD augmente sa capacité à communiquer, à maîtriser les différents rouages de son secteur d’activité et à y être performant;
  • La préparation à l’insertion dans l’activité socio-économique. Le travail personnel de l’apprenant, les stages en cours de formation, les manipulations dans les laboratoires, les sorties pédagogiques préparent, sans conteste, l’apprenant à une adaptabilité dans le monde socio-économique. De plus, certains aspects de sa formation lui inculquent l’esprit entrepreneurial au point qu’à la sortie, il ne tergiverse pas sur l’activité à embrasser ;
  • La construction d’un système de formation doctorale de référence. Dès lors que l’apprenant peut sortir à tous les niveaux, nanti d’un grade utilisable, il est plus facile pour le décideur politique et le responsable universitaire de réorganiser les facultés et les écoles existantes afin de les spécialiser. Cela leur permettra de créer des écoles doctorales comme des pôles d’excellence où seront formés des cadres de haut niveau de compétence ; 
     
  • La production d’une nouvelle génération d’acteurs ayant une formation pluridisciplinaire, lesquels seront donc capables de s’adapter à un monde changeant.

 

De par sa structure, le LMD est compatible avec les systèmes internationaux de formation supérieure. Il propose :
 

  • Des formations de renforcement en communication et nouvelles technologies de l’information de la communication (NTIC) ;
  • Des passerelles entre les mentions et les spécialités, permettant ainsi à l’étudiant, tout en   conservant ses acquis, de se réorienter au sein de son établissement ou d’un établissement à un autre;
  • Le retour à l’université après une expérience professionnelle, sous certaines conditions. C’est à ce niveau que se joue la prise en compte des VAE ou des VAP.

 

b)      Pour l’enseignant
 

L’enseignant a beaucoup à gagner dans le nouveau système.
 

  • La prise en charge au d’une équipe soudée. En effet, l’offre de formation s’élabore sous la responsabilité d’un enseignant de rang magistral autour de qui travaille une équipe. Ce type d’organisation établit une solidarité et une collégialité porteuses de solutions adéquates à toutes sortes de problèmes d’exécution du programme ;

  • La revalorisation de la fonction enseignante. Cela passe par de meilleures conditions de travail et une rémunération subséquente consécutive au surplus de travail que demande le LMD ;

  • L’innovation pédagogique pour lui permettre au diapason des nouvelles méthodes d’enseignement. Il utilisera toutes les formes de communication du savoir : le présentiel, le distanciel avec pour outils les technologies de l’information et de la communication appliquées à l’enseignement (TICE);

  • La modernité de son métier lui donnera plus de considération, plus d’assurance en lui-même pour des performances de plus en plus accrues.

 

c)      Pour les états
 

Le gain des états africains à adopter et financer le LMD est incommensurable. Y a-t-il  quelque chose de supérieur pour un état de disposer de cadres compétents de tous les niveaux, susceptibles de travailler à son développement ?
 

  • La pyramide des cadres serait plus équilibrée. En effet, l’observation de cette pyramide donne à constater l’existence d’une pléthore de cadres de haut niveau, des concepteurs pointus tandis que les pays manquent de personnels d’exécution, de techniciens, de cadres moyens  capables de travailler dans les entreprises et d’autres secteurs de production. Le LMD remédie à cette carence par son organisation professionnalisant  à tous les grades ;
  • La sortie du sous-développement ou l’émergence des états deviendra un horizon plus proche et plus certain du fait de la mise sur le marché d’acteurs sociaux, culturels, industriels, commerciaux, entrepreneuriaux, économiques compétents et aguerris, nantis d’une vision en perspective du développement parce que connaissant les réalités du pays et de l’environnement mondial.


A la vérité, le LMD apporte des transformations mentales, intellectuelles et  comportementales à chacun  et à tous pour la conquête du progrès.

 

II-                  Des transformations ultérieures notoires

 

Mon discours paraît utopique. Soit. Mes contradicteurs devront proposer une autre vision du lMD pour me persuader de ne pas y pousser les états africains. Les étudiants, pour leur part, esquisseront un sourire en coin, car je semble proposer un nouveau monde où il fera bon vivre pour eux, où il n’y aura plus de tracasseries, ni d’échecs, d’où chacun sortira avec une capacité de productivité récupérable immédiatement par les secteurs social, culturel et économique. Un monde de rêve. Détrompez-vous ! Je n’ai jamais montré un tel monde, mais j’ai plutôt brossé les multiples avantages du système LMD. Je dois dire, pour être franc avec vous, que le LMD recèle des aspects pernicieux auxquels il faut prendre garde.
 

o     Le contenu des grades deviendra concurrentiel. Des universités peuvent obéir au même schéma de formation sans pour autant détenir le même label. La labellisation par les certifications et les accréditations départagera les structures de formation et créera des centres de formation de renom comme on en a dans les grandes métropoles d’Angleterre et des Amériques (Oxford,). Le moteur de tout cela sera certainement le niveau de financement des offres de formation, celui de leur exécution et des facilitations offertes aux apprenants ainsi qu’aux enseignants. Il y naîtra des universités pour élites. Mon propos touche, par exemple, le cas de l’Afrique du Sud sous le régime inique de l’Apartheid. Il y avait des universités pour les Blancs et d’autres pour les Noirs. Bien qu’on y ait prévu les mêmes offres de formation, les contenus n’étaient pas les mêmes. Depuis l’abolition de ce régime, tous les étudiants, sans distinction de race, ont droit à des prêts scolaires pour financer eux-mêmes leur formation, à charge pour eux de rembourser dès le premier emploi. C’était cette facilitation qui était faite exclusivement aux Blancs sous l’ancien régime ;

o     La comptabilité prendra le pas sur le contenu du grade devenu aléatoire. Le critère d’évaluation n’est plus le nombre d’heures de cours, mais la masse horaire du travail personnel demandé à  l’étudiant ;

o     L’entrée en 2ème cycle master se fera sur étude de dossier et sur le mérite. La sélection sera donc rigoureuse. Il se posera le problème de la discipline dans les structures privées d’enseignement supérieur qui délivrent à brassées des diplômes, pour peu que vous payiez votre formation. Il y aura lieu de mettre un bon ordre dans ce sous-secteur par une réglementation plus pointilleuse sinon nous aurons très rapidement un sous-secteur d’enseignement supérieur à double vitesse, comme c’est le cas du reste aujourd’hui ;

o     Des formations prestigieuses et des pôles d’excellence naîtront à coup sûr, desquelles seront exclus les médiocres et surtout les plus pauvres, car l’apprenant devra, qu’il le veuille ou non, participer financièrement à sa formation. Il appartient à vous, étudiants, de réfléchir avec les décideurs à tous les niveaux au financement du LMD, en restant, bien entendu, réalistes ;

o     Plus tard, les entreprises pourront financer des formations prestigieuses aussi; elles seules indiqueront les personnes qui y accèderont. Le LMD peut ségréger et ce n’est pas un mal, car les pays de l’Afrique Subsaharienne ont besoin de l’éclosion des génies pour se hisser au rang des grandes nations développées ;

o     En réalité, chers amis, la vraie question est comment mettre en place cette réforme pour que, d’une part, tout le monde en profite réellement et que, d’autre part, il n’y ait pas de laissés-pour-compte, formant plus tard la racaille propre à tout faire et qui constituerait, de surcroît, comme une ceinture d’ordure autour d’une élite crémeuse et argentée ?

 

III- L’apprenant, l’enseignant et les etats  en un face à face responsable avec le LMD

 

 Comme se système vient aux grands galops, que vous reste-t-il à faire par l’étudiant pour y être à l’aise ? Le défier. En considérant le défi comme la provocation de quelqu’un pour une confrontation d’où l’on pense sortir victorieux, le défi majeur ici pour tout apprenant est de Réussir dans ce nouveau système et ne pas en être un déchet ou une victime. Alors que lui faut-il faire ?
 

  • Réussir suppose que l’on mette tous les atouts de son côté pour y parvenir. Il s’agit, notamment, de :
 
  • Adopter de nouveaux comportements qui donnent le pas à la conscience sur la négligence, le laisser-aller ;
  • Cultiver l’amour du travail, mais du travail bien fait. Cela oblige à combattre l’indolence, l’oisiveté, l’opportunisme ambiant qui flaire les sources de facilité afin de travailler moins;
  •  Embrasser une morale sociale qui mette le respect globalement au cœur des préoccupations. Respect de la personne, respect de l’autre, respect du bien public, des installations, des équipements mis à la disposition ;
  •  Etre curieux de tout. La curiosité est mère de la science en tant que connaissance et savoir. Elle s’accompagne de l’humilité, la vertu cardinale de l’apprenant. Celui qui dit « je sais, je sais » ne sait rien en fait, car hormis tout ce qui est inné et fait partie de la structure mentale de l’homme, tout s’apprend. Aussi, le second défi majeur est :


  • Apprendre, mais apprendre autrement. L’apprentissage en LMD est si important  que le REESAO y a consacré un séminaire. Comme la tension vers le succès, l’apprentissage en LMD exige de l’apprenant :
  •  Une information sur tout ce qui concerne son cursus. Ces informations devront être fournies par le livret d’information, le guide méthodologique du travail universitaire, le site web de l’université. Bref, tous les éléments d’une politique universitaire interne et externe de communication. S’informer ou périr en LMD ;
  •  La capacité de savoir entreprendre, de savoir apprendre, déjà par le choix responsable d’un projet de formation, par l’identification des moyens et actions pour le réussir. Ces facteurs n’exceptent ni la contrainte faite sur soi-même, ni la dépense en argent et en temps pour aller vers le savoir, vers les personnes qui en sont les détenteurs et dans les lieux où il se trouve : agents d’orientation, professeurs, tuteurs, bibliothèques, centres de documentation, polycopies, sites web, etc. Il est bon de savoir ce que l’on fait que de se le faire dire à longueur de temps;
  • La recherche des moyens financiers pour la réussite des études universitaires. S’il est vrai que l’Etat aide par des allocations diverses, il est aussi vrai que l’apprenant devra apporter un appoint substantiel d’une plus grande facilitation de son apprentissage. Il s’agira de recourir aux jobs de vacances, aux répétitions et autres activités génératrices de revenus. L’apprenant doit contribuer financièrement à sa formation. Il faudra finir avec la mentalité de l’étudiant qui mérite tout de l’Etat. Peut-être faudra-t-il négocier avec le pouvoir en place et les autorités universitaires pour la création d’un prêt bancaire pour les études.

 

  • Etudier autrement. L’apprenant dans le nouveau système sera d’abord une personne qui se prend en charge et à qui incombe en partie la gestion de son temps et de ses apprentissages. A cet égard, il doit :
 
  •    Apprendre à gérer son apprentissage ;
  • Entretenir une interaction entre les enseignants et lui ;
  • Savoir étudier seul ou en groupes ;
  •  Utiliser ou apprendre à utiliser la prise de notes, la synthèse, le résumé, les exposés, les cours magistraux, les notes de cours, les cours en ligne, la pratique, l’utilisation des différents types de mémoire, le feedback ;
  • Maîtriser l’utilisation de l’outil informatique.

 

  • L’apaisement des campus. Il n’est pas juste que les difficultés entre les composantes de la communauté universitaire se résolvent par et dans la violence. En m’appuyant sur la sentence de Jean de La Fontaine qui dit : « plus peut douceur que violence », j’estime que tout désaccord peut se régler dans le dialogue. On doit toujours y recourir pour avoir une université apaisée et travaillant dans la quiétude. Peut-être faudra-t-il vulgariser à cet effet  la notion et le contenu de la franchise universitaire afin que les uns et les autres cessent de l’invoquer pour couvrir des désordres punissables par la loi ou pour brimer des acteurs universitaires dans l’exercice de leur droit. Mais les étudiants eux-mêmes devront certainement prendre des initiatives hardies pour le maintien de l’ordre. Cela passe peut-être par :
 
  • une énonciation claire des problèmes qui les assaillent ;
  • l’identification de leur protagoniste afin de mener des actions orientées vers les véritables cibles ;
  • la contribution responsable dans la recherche des solutions topiques aux problèmes, des solutions durables par la loi en interne et externes soit ponctuellement, soit surtout par la loi.

 Ce qui vaut pour l’apprenant l’est pour l’enseignant à cette différence que ce dernier doit savoir enseigner, mais enseigner autrement. Cela implique qu’il se départisse de la vieille image du maître détenteur de tout le savoir et qui doit tout donner à mâcher par l’apprenant. Il est désormais le guide, celui qui accompagne l’apprenant dans sa formation. Pour cela, il doit avoir à cœur de rendre démocratique l’acquisition de la science qu’il communique par :
 
  •   la pratique permanente de la note de cours ;
  •  l’élaboration des plans de cours ;
  •   l’adossement de son enseignement à une méthodologie de pointe ;
  •    la pratique d’une évaluation de bon aloi ;
  •    l’acceptation d’être évalué lui-même et de l’évaluation de son enseignement, etc.

Comme on ne mange pas les omelettes sans casser des œufs, les défis qui incombent aux Etats sont de trois ordres :
 

  •    Donner les moyens suffisants pour la refondation des universités. Cela passe par la dotation des universités en des infrastructures suffisantes et correctes, en équipements de pointe, le recrutement des enseignants, la formation des enseignants, la revalorisation de la fonction enseignante ;
  •    Elaborer le cadre juridique des universités en ayant en esprit qu’elles devront désormais fonctionner comme des entreprises dotées de conseils d’administration et de programmes d’évolution ;
  •    Améliorer les conditions sociales et économiques d’étude et d’apprentissage des apprenants. Il convient à ce niveau que des débats nationaux s’instaurent pour le recherche de solutions durables dans le temps. C’est-là que devrait intervenir la législation pour que chaque acteur de l’enseignement supérieur connaisse ses droits et ses devoirs.

 
Conclusion

En somme, qu’on le veuille ou non, le système LMD offre une possibilité de sortie du marasme, de la morosité et de la violence qui caractérisent actuellement les universités d’Afrique. Pour peu que les Etats veuillent donner la priorité à l’enseignement supérieur pendant quelques années sur d’autres secteurs de la vie nationale, ils récolteront d’ici quelques années les fruits de cette détermination à travers le décollage de leur économie.     

Par BOGNIAHO
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Mardi 20 octobre 2009 2 20 /10 /Oct /2009 14:10

Introduction


          Depuis le moyen-âge à nos jours, l’université a beaucoup évolué. Elle a évolué en ses programmes, en ses animateurs, elle a évolué en ses structures et en ses étudiants. Si mai 68 a sonné le glas de la vieille institution en la dépoussiérant pour l'ancrer davantage dans la société, la déclaration de Bologne innove en restructurant de fond en comble l’architecture des formations y offertes et celle des diplômes.

          De fait, l’époque actuelle a résolument opté pour la civilisation de l’’universel et prône la globalité appuyée sur les technologies de l’information et de la communication. Installée dans maints domaines, cette vogue n’excepte pas celui de l’enseignement supérieur. Ainsi, les pays de l’Union Européenne ont-ils décidé, il y a quelques années, d’adopter et d’étendre le système Licence-Master-Doctorat (LMD) dans leurs universités alors qu’il est connu et pratiqué depuis très longtemps dans les pays anglo-saxons à travers une diplômation déclinée, par exemple dans certains pays, en Bachelor-Master-PHD. L’université étant universelle, nous assistons, avec la réforme LMD en Europe, à une harmonisation des curricula avec l’Amérique du Nord, du Sud, la Russie, les pays asiatiques, la grande Chine et l’Australie, enfin, les universités anglophones d’Afrique, soit plus de cent (100) pays soumis au régime du LMD. Si la tendance se poursuivait, la proportion des parties de la planète où le système se pratiquera deviendra grande et marginalisera, par voie de conséquence, celles qui s’accrocheront encore au système classique.

          Ainsi, importe-t-il que les universités africaines francophones s’inscrivent très tôt dans ce mouvement afin d’échapper à la balkanisation et de ne plus être éternellement à la traîne. Plutôt que de paraître du mimétisme ou du suivisme, l’adoption du LMD est une réforme incontournable qui éprouve la capacité d’anticipation des universités africaines francophones. Elle renferme des avantages certes, mais exige des changements comportementaux aussi bien par les gouvernants que par les apprenants. C’est pourquoi, il me plaît d’examiner à travers cette causerie le sujet intitulé : « Les principes du  système Licence-Master-Doctorat, un essai de vulgarisation »

          Mais un questionnement sourd affleure de ce sujet. Le LMD offrira-t-il aux universités africaines l’opportunité d’accomplir davantage encore et plus aisément leurs missions cardinales de formation du citoyen, de formation des cadres de conception et de recherche, et des ressources humaines compétentes et compétitives œuvrant dans les différents secteurs du développement ? Aidera-t-il à former des cadres connaissant leur milieu social et nanties de l’esprit entrepreneurial ? Quelle sera la place de l’apprenant dans le système ? Quel rôle lui sera-t-il dévolu ? En quelques mots, va-t-on changer pour changer ou tend-t-on vers un système moins coercitif mais plus performant, plus rentable à tous les égards ?

          Les réponses trouvées par les décideurs politiques, universitaires et les acteurs du développement à de pareilles questions ne peuvent que les fasciner. C’est pourquoi l’UEMOA, la CEMAC et d’autres regroupements sous-régionaux, au-delà, le CAMES, incitent, par des actions concertées, les universités relevant de leur aire respective à aller au système.

          Cependant, tout changement inspire naturellement la peur et suscite de légitimes résistances. Les universités publiques de l’espace francophone ouest-africain en ont conscience ; aussi, ont-elles décidé de se constituer en un réseau de mutualisation des efforts pour réussir sans trop de mal leur entrée au LMD ; ce réseau s’appelle le REESAO (Réseau Pour l’Excellence de l’Enseignement Supérieur en Afrique de l’Ouest). Né en octobre 2005, le REESAO, fort de ses 15 membres aujourd’hui, s’attelle, à travers des séminaires d’information et de formation, au pilotage de l’adoption et de la mise en œuvre du système dans son espace. A cet effet, il a déjà organisé 12 séminaires sous-régionaux pour décrypter le LMD afin de le connaître et de le posséder, afin de le faire connaître et de le vulgariser.

          M’inspirant en partie de ce travail de fourmi, inlassablement abattu par des chercheurs et des concepteurs dévoués, j’essaierai de vous éclairer et d’apaiser vos appréhensions. Pour le faire, nous verrons ensemble la définition et l‘architecture du système licence-Master-Doctorat (LMD), ses principes et son fonctionnement.


                                                    A- Qu’est-ce que le système LMD ?

 Répondre à la question ci-dessus revient à définir le système et à en donner les standards. Le caractère technique du LMD n'autorise pas à faire un discours, mais à être pratique par un langage succinct et schématique. De ce point de vue, le LMD est donc:

  ► Une architecture de la formation universitaire fondée sur trois (3) grades

- L= Licence (trois ans)
- M= master (cinq ans)
- D= Doctorat (huit ans)

  ►C’est aussi ce qu’on appelle le système de formation 3-5-8

  ►Une organisation des formations en Semestres et en Unités d’’Enseignement (UE) capitalisables, avec la mise en œuvre d’un système de crédits.

       a- Le Semestre

          Dans le LMD, la durée de base de la formation n’est plus l’année universitaire, mais le semestre.

  ►Le semestre est la mesure périodique des unités de formation. Les trois cycles de formation s’étalent sur des semestres.
  ►Le semestre compte un nombre défini de semaines: dans le REESAO, un semestre = 14 à 16 semaines (enseignements et évaluation compris)
  ►Le découpage de la formation en semestres s’ordonne comme suit :

 - Licence   = 6 semestres
 - Master     = 4 semestres
 - Doctorat  = ≥ 6 semestres 8

  ►Le semestre correspond à un volume horaire d’enseignements et de travaux dirigés ou pratiques qui s’estiment et se mesurent en crédits. L’ensemble est organisé dans les tables de spécification où sont codifiés les enseignements et les curricula.

       b- Les offres de Formation

1- Les domaines

           Les offres de formation au sein du LMD sont organisées par domaines. On appelle offre de formation l’ensemble du programme de formation/apprentissage proposé dans une mention ou une spécialité d’un domaine. Chaque domaine se décline en Mentions et en Spécialités. Le domaine en LMD est la discipline générale dans laquelle s’inscrit la formation tandis que la mention désigne un secteur du domaine. Pour sa part, la spécialité concerne l’activité choisie à l’intérieur du secteur. Les domaines retenus provisoirement par le REESAO sont les suivants :

          1- Sciences de la santé
          2- Sciences et Technologies
          3- Sciences juridiques, politiques et de l’Administration
          4- Sciences Economiques et de Gestion
          5- Sciences de l’Homme et de la Société
          6- Lettres, langues et Arts
          7- Sciences Agronomiques
          8- Sciences de l’Education et de la formation

2- Les parcours de formation

          Le parcours de formation est le projet de diplômation que se construit un apprenant dans un domaine en vue d’une mention donnée à partir des offres de formation proposées par les établissements de formation. Une offre de formation précise le Domaine, la Mention et la Spécialité concernés ainsi que les Unités d’Enseignements que doit suivre l’étudiant. L’apprenant peut se construire un parcours de formation professionnelle ou un parcours de formation de recherche ou académique. Les offres de formation sont constituées d’Unités d’Enseignement ou UE

3- L’Unité d’Enseignement (UE)

  ►Unité de base d’un parcours de formation, elle constitue une subdivision autonome et cohérente à l’intérieur d’un programme d’études.
  ►L’UE est composée d’éléments constitutifs d’unité appelée ECU
  ►Les UE existent sous quatre statuts : les majeures, les mineures, les optionnelles et les libres. Au sein de l’offre de formation et au stade de l’organisation des UE, on dénombre également les UE de formation fondamentales, les UE de découverte ou de spécialisation, les UE de méthodologie et les UE de culture générale. 

  ►Mode d’enseignement :

-mode présentiel
- mode distanciel
- cours magistral, travaux dirigés, travaux pratiques, travaux de terrain, recherche, compte-rendu et autres ressources.

  ► Sa valeur se mesure en crédits.
  ► Elle est codifiée et numérotée comme dans le système des UV.
  ► Mode de validation et promotion :
              - obtenir une moyenne requise pour l’UE
              - capitaliser toutes les UE exigées pour obtenir le diplôme ou le grade postulé
              -chaque UE est accompagnée d’une description incluse dans un document appelé
                 le supplément au diplôme

     c- Le crédit
 
  ►C’est l’unité déterminant la valeur d’une UE et la charge totale de travail (CTT) requise pour atteindre les objectifs de l’UE.
  ► La norme REESAO retient qu’un crédit = 25 heures de CTT pour l’étudiant (cours, TD, TP, recherche, stage et travaux personnels).
  ► Un semestre comporte 30 crédits et équivaut à 750 heures de CTT pour l’étudiant, soit un maximum de 360 heures d’enseignement présentiel (exceptionnellement 420H), à raison de 30 heures par semaine au maximum (exceptionnellement 35H)
  ►La norme REESAO a retenu que l’’ensemble des UE d’’un semestre équivaut à un total de 30 crédits pour tous les grades.

  ► Ainsi,

              - Le 1er cycle = Licence = 180 crédits
              - Le 2nd cycle = Master = 120 crédits
              - Le 3ème cycle = Doctorat = 180 crédits

           L’admission en formation de licence est ouverte aux titulaires du baccalauréat ou d’un titre admis en équivalence. L’admission en master est ouverte aux titulaires de la licence ou d’un titre admis en équivalence. Cependant, certaines admissions en master exigent des enseignements préparatoires de mise à niveau. Ils donnent des pré-requis à des postulants dont le niveau a besoin d’être relevé.

     d- La capitalisation

          La capitalisation est un principe qui permet de considérer une UE validée comme définitivement acquise par l’étudiant dans les conditions fixées par le règlement pédagogique de l’établissement. L’étudiant peut ainsi cumuler progressivement des UE avec des interruptions de scolarité. La capitalisation pose aussi le problème de la validation. Elle se présente sous différentes formes :

      - Validation UE par UE sans compensation entre UE et avec ou sans compensation à l’intérieur d’une même UE
     - Validation semestre par semestre sans compensation entre semestres.

          Dans ces deux cas, la validation se décide après les résultats des évaluations. L’évaluation se fait en deux sessions dont les dispositions sont indiquées par l’université dans le règlement pédagogique.
          Le système LMD envisage aussi la Validation par les Acquis de l’Expérience (VAE) ou les Acquis Professionnels et Personnels (VAP ou VAPP). Les critères en seront définis par les règlements pédagogiques.
      - Le supplément au diplôme doit accompagner tout diplôme, toute attestation de formation et en faciliter la lisibilité.

B- Les principes du LMD

          Ce type de régime de formation est bâti autour de quelques principes importants :

  • Un espace pour organiser la mobilité, l’harmonisation des formations. En effet, la mobilité est tout à la fois interne et externe. Elle est interne lorsqu’un apprenant a la possibilité de migrer vers une autre institution universitaire de son pays pour des raisons personnelles ; elle est externe quand l’apprenant peut sortir de son pays pour d’autres cadres de formation sans préjudice ; car
  • Une UE validée est acquise pour toute la vie : elle est capitalisée et transférable;
  • La fonction du professeur prend une autre dimension en passant du magister tout puissant, détenteur unique de la science, au guide. L’apprenant choisit lui-même son parcours de formation et l’accomplit à son rythme. De même, il est soumis à une pédagogie dans laquelle il construit lui-même son savoir. C’est là qu’intervient le travail personnel de l’apprenant ou TPA ;
  • Dans le même temps, le LMD propose trois types de savoirs pour faire des produits multidimensionnels : le savoir-connaissance, le savoir-faire (la compétence), le savoir-être (l’éthique ou la déontologie) ;
  • De cela résulte une innovation pédagogique où l’apprenant se trouve au cœur de l’apprentissage comme un acteur décisionnel ;
  • L’utilisation possible des deux modes d’enseignement – présentiel et distanciel- y renforce l’usage des TICE ;
  • Le système fait appel à tout le personnel de l’université pour sa gestion : les professeurs, le personnel administratif, technique et de service, le personnel des ressources documentaires, le service d’orientation ;
  • Le refus de l’échec y fait instituer le tutorat. Il y existe des tuteurs institutionnalisés qui peuvent être des doctorants ou des professeurs rémunérés, des tuteurs tacites de bénévolat qui peuvent être des étudiants choisis dans le groupe à cause de la vivacité de leur esprit à vite comprendre un enseignement ;
  • Les tuteurs aident à la remédiation ;
  • Le LMD exige un audit périodique de sa pratique en vue de l’assurance qualité ;
  • La formation en LMD se poursuit tout au long de la vie.

          Au demeurant, le système LMD bannit la coercition dans la formation, instaure la liberté et une relation de confiance entre les protagonistes ; mais il exige également beaucoup de moyens. Un tel système est porteur d’enjeux et de défis pour toutes les composantes de la société. De ces attentes et de ces obligations découlent les diverses attitudes à observer pour que l'adoption et la mise en oeuvre du LMD dans les pays de l'Afrique francophone soient un véritable succès.

Professeur Ascension BOGNIAHO
Par BOGNIAHO
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Mardi 20 octobre 2009 2 20 /10 /Oct /2009 09:55

Introduction

Avant de commencer à parler du système LMD pendant les deux causeries à venir, il me paraît important de dresser un lexique du système, afin de familiariser les uns et les autres avec les vocables qu’on y utilise. Car, me semble-t-il, tout nouveau système a besoin d’être bien compris avant sa mise en œuvre. Or, nous nous apprêtons à adopter le système LMD. Quoi de plus normal que le défrichage de son paysage pour mieux l’appréhender ! Par ailleurs, lorsqu’on adopte un système, c’est qu’il est porteur d’enjeux et de défis ; là encore, il existe des termes souvent utilisés qu’il importe de connaître. C’est pourquoi, j’ai décidé de lister ces différents mots et expressions, de les définir ou de les  expliquer de façon succincte, en vue de faciliter pour tous la découverte du système. Ce travail se fait à travers deux séries d’informations : le lexique du LMD et les principaux enjeux et défis.

1 I-    Le lexique

  • LMD : initiales des trois grades délivrés par le système : Licence,  Master, Doctorat.

  • Grade = nouvelle appellation du diplôme.

  • Semestre : l’unité de mesure du temps de formation et d’apprentissage
    dans le système. Il compte de 14 à 16 semaines, enseignement et évaluation compris.

  • Licence = 06 semestres après le bac ou un titre admis en équivalence.

  • Master = 04 semestres après la licence.

  • Doctorat = 06 à 08 semestres après le master.

Ø     L’offre de formation, c’est le programme dans le LMD. Il est organisé suivant le domaine, la mention et la spécialité ;

  •  Domaine = discipline générale dans laquelle s’inscrit une formation,
  •  Mention =  un secteur du domaine,
  •  Spécialité = une activité à l’intérieur du secteur.

Ø     Parcours de formation = projet de grade à obtenir, que se construit un apprenant dans un domaine en vue d’une mention et d’une spécialité. Le grade peut être professionnel, le grade peut être académique ou de recherche.

  • L’unité d’enseignement (UE) = équivalent de l’ancienne Unité de valeur                                               (UV)

                         = unité de base d’un parcours de formation

                          = subdivision autonome et cohérente à                                   l’intérieur d’une offre de formation.

  •  L’UE peut avoir le statut de : majeur, mineur, optionnel, libre;

                ou de : formation fondamentale, de               découverte ou de spécialisation, de         méthodologie, de culture générale.

  • ECU = élément constitutif d’UE.

  • Mode présentiel = situation de classe où le professeur est présent dans une salle et donne son enseignement.

  •   Mode distanciel = enseignement reçu à distance. Ni le professeur ni l’apprenant ne se rencontrent physiquement sinon par internet (le E-Learning par exemple).

  •   Supplément au diplôme = descriptif de chaque UE joint au diplôme ou grade ; il indique, entre autres, le contenu de la formation.

  •  Crédit = unité déterminant la valeur d’une UE et la charge totale de travail (CTT) requise pour atteindre les objectifs de l’UE.

  • Crédit = 25 heures de charge total de travail (CTT).

  •  CTT = comprend : cours magistral (CM), travaux dirigés (TD), travaux pratiques (TP), recherche, sortie pédagogique (SP), stage, travail personnel de l’apprenant (TPA).

  •    1 crédit = 25 heures CTT.

  •   Le crédit est siglé « CECT » = crédit d’évaluation capitalisable et transférable.

  •  1 semestre = 30 CECT, soit 25hx30 = 750 CTT.


  •      Ainsi,

La  Licence = 6Sx30 = 180 CECT

Le Master =  4Sx30 = 120 CECT

Le Doctorat = 6Sx30 = 180 CECT

 

  • Capitalisation = principe considérant une UE validée comme définitivement acquise.

  • Validation = acquisition d’un résultat positif à l’UE ou au semestre par un principe normé.

  • Transférabilité= principe permettant de faire accompagner l’apprenant dans sa mobilité de l’UE et des crédits la validant.

  •  Evaluation = examen, contrôle des connaissances. Les types de contrôle sont : le contrôle continu intégral, le contrôle continu couplé avec un examen terminal, l’examen terminal tout seul.

  • Remédiation = Action de reprendre un enseignement ou partie d’enseignement afin de permettre à un apprenant en difficulté de réussite de mieux assimiler son enseignement en vue de reprendre l’évaluation.  
  •  Tutorat = fonction confiée à un étudiant, un doctorant et même à un assistant pour reprendre un enseignement ou partie d’enseignement mal assimilée par l’apprenant, ou pour aider à un travail de recherche d’un certain niveau.
  •  Compensation = principe qui fait valider l’UE ou le semestre par des considérations retenues dans le règlement intérieur (moyenne arithmétique par exemple ou tout autre forme de calcul). Lorsqu’une UE est composée d’ECUs, on peut faire la moyenne arithmétique des notes obtenues à chaque ECU pour valider l’UE.
  • VAE = Validation par les Acquis de l’Expérience.
  • VAP = Validation par les Acquis Professionnels.
  • VAPP = Validation par les Acquis Professionnels et Personnels.
  • TICE = Technologie d’Information et de Communication dans l’Enseignement.
     

II- Principaux enjeux et défis


a)     Enjeux

 

    -  Flexibilité, mobilité, harmonisation,

     - Professionnalisation de la formation,

     - Modernité de la formation,

     - Augmentation des filières ciblées,

     - Formation continue,

     - Orientation progressive,

     - Possibilité de réorientation,

     - Préparation à l’insertion dans l’activité professionnelle,

     - Retour à l’université après une expérience professionnelle.

 Mais, surtout mais

 

 - Le contenu des grades deviendra concurrentiel,

 - La comptabilité prend le pas sur le contenu de la formation,

 - La naissance de pôles d’excellence à sélection rigoureuse,

-  Le financement du système.
 

b)     Défis
 

- Réussir ou périr,

 - Prendre conscience de soi, de son statut et des engagements y afférents.

 Cultiver la morale du travail bien fait,

 Cultiver le respect de tout,

 Etre curieux de tout,

 Apprendre autrement,

 Maîtriser et utiliser l’outil informatique,

 Etudier autrement,

 Participer financièrement à sa formation,

 Travailler à l’apaisement des campus.

 Aider à légiférer pour des situations cadres.


Conclusion  

Il est évident, au bout du compte, que le système LMD, entrevu par ces quelques mots et expressions, à travers les enjeux et les défis, en est un de liberté et de responsabilité agissantes de l’apprenant. L’obligation qui vous incombe est, dès maintenant, de vous préparer à entrer dans le système, quel que soit votre niveau actuel de formation, et à y réussir. L’aboutissement à ces objectifs passe par la parfaite connaissance du contenu de chaque terminologie et sa finalité, et par la situation de votre projet de formation à l’intérieur du système. Cela suppose un choix préalable auquel je vous convie.

 

Par BOGNIAHO
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Mardi 18 août 2009 2 18 /08 /Août /2009 16:13
 INTRODUCTION

L’enseignement supérieur public au Bénin s’est pendant longtemps appuyé fortement sur une seule université, l’université nationale du Bénin devenue aujourd’hui l’université d’Abomey-Calavi, pour former les cadres nécessaires aux tâches de développement du pays.

Le constat de son hypertrophie et, peut-être, d’autres considérations tacites ont incité le décideur politique à créer l’université de Parakou ainsi que les centres universitaires de Porto-Novo, de Dangbo, de Lokossa et de Nattitingou. Et pourtant, l’enseignement supérieur public béninois ne se porte guère mieux. Cette situation n’est pas du reste propre à notre pays.
 En effet, l’université africaine est notoirement malade. De fait, les effectifs des apprenants, les programmes y enseignés, la faiblesse des moyens financiers, des infrastructures et des équipements, l’insuffisance des enseignants et le mode de sa gestion plombent l’institution universitaire. En dépit de cette flopé d’handicapes, la nation se montre exigeante à son égard, la juge sans ménagement, car les pays africains attendent beaucoup de leurs universités, particulièrement la formation de cadres compétents et compétitifs, en portant naturellement une attention particulière à la question du difficile, mais incontournable, équilibre entre développement du savoir universel, du savoir endogène et réponses aux attentes des sociétés africaines.
Dès lors, se trouve posée la question sensible de l’adéquation de l’université publique africaine, en son état d’évolution actuel, et la volonté résolument affichée des pays de se développer sur tous les plans. En d’autres termes, l’enseignement public africain peut-il répondre efficacement aux exigences de développement attendu par les nations ? Pour répondre à cette question cruciale, j’ai choisi d’examiner un thème assez simple intitulé : « Les universités nationales du Bénin : entre tutelle et autonomie ».
Je vois d’ici le sourcillement de certains d’entre vous. Rassurez-vous ! Mon propos n’est ni syndical ni savant et bourré de grandes théories. Plus que de découverte et d’éveil à une situation, il est prospectif et appelle à terme à accompagner l’université publique béninoise dans sa mission sociale. Aussi, le traiterai-je en trois grands mouvements : l’université béninoise et la tutelle, pour une nouvelle gouvernance de l’université, l’autonomie n’est pas une panacée pour la survie de l’université
J’espère que ce cheminement peut satisfaire les attentes des uns et des autres présents dans cette salle. Je vous remercie d’avance pour votre attention.

 I- L’université béninoise et la tutelle

Depuis mai 68, l’université en général a subi des transformations inédites. L’aspect académique de l’institution est demeuré la chasse gardée des enseignants, tandis que l’allocation des ressources financières, la dotation en personnel administratif, technique et de soutien relèvent des prérogatives du gouvernement ou de l’autorité de tutelle. Même en admettant que d’autres acteurs – le rectorat, la commune, la région- s’impliquent dans ce processus, il apparaît que des personnes, le plus souvent étrangères au système, en décident du sort. Cette forme de tutelle administrative sous la férule de personnes extérieures n’est pas faite pour faire évoluer l’institution universitaire. On peut m’objecter que les ministres de l’enseignement supérieur sont issus, pour la plupart, des rangs des enseignants du supérieur. Je puis répondre à cela qu’un grand nombre des personnes nommées à ce poste connaissent assez mal l’institution universitaire. De plus, ce sont ces enseignants-ministres qui ont le moins fait pour l’université.
Et si nous convenons qu’une tutelle est une sujétion, une soumission à une autorité, l’université béninoise est, qu’on le veuille ou non, commandée, dans une moindre mesure, de l’extérieur même si à sa tête se trouve un recteur, choisi parmi les enseignants. Les choix financiers qu’elle opère sont inefficaces parce qu’ils sont coupés des informations provenant des différents facultés et instituts. On assiste ainsi à une allocation minimale de ressources. J’ai en exemple la faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines qui reçoit chaque année depuis plus de 20 ans une subvention de16.000.000 de francs CFA pour plus de 14.000 étudiants. La FAST, pour sa part, reçoit 8.000.000 de francs CFA pour plus de 6000 étudiants. D’aucuns affirment que les ristournes sur les droits d’inscription aident à pallier les difficultés, mais on oublie que le rectorat doit tourner, et il le fait sur ces ristournes essentiellement. Il résulte de tout ce qui précède une stagnation de l’université. Comment se traduit-elle ?

1- La stagnation, la morosité et la violence

La stagnation se traduit essentiellement par l’absence d’une stratégie de gestion et d’évolution de l’université. Elle contamine tous les secteurs de l’activité universitaire

a- Les infrastructures et les équipements
  •   Les infrastructures
En dépit des efforts enregistrés ces dernières années, l’université manquent encore très cruellement d’infrastructures : salles de cours, amphithéâtres, locaux de laboratoires, auditoriums, locaux de ressources documentaires, salles de professeurs dignes de l’appellation, bureaux pour les départements, les filières, bureaux pour les doyens, les directeurs et leurs adjoints. Plusieurs des salles existantes manquent de tables et de chaises ou de bancs pour accueillir décemment les apprenants. Tous les expédients utilisés pour résoudre ce problème s’avèrent inefficaces :
  • Le programme d’investissement public ou PIP ;
  •  Les initiatives du rectorat ;
  • Certaines interventions ponctuelles de la tutelle.
Au demeurant, toutes ces actions s’avèrent insuffisantes au regard des effectifs galopants
  •  Les équipements Les efforts en équipement n’assouvissent pas les besoins, tant ils sont vastes. L’université peine à renouveler ou réformer le matériel vieilli des laboratoires. Il faut parfois user de subterfuges pour obtenir certains intrants d’expériences ou d’expérimentations.
Par ailleurs, entré dans l’université dans les années 90, l’usage de l’outil informatique ne s’y est pas vraiment généralisé à cause du parc d’ordinateurs, assez faible en nombre et de l’effectif des personnes qui ont acquis la culture de son utilisation. Certes, des tentatives sporadiques de le vulgariser viennent du ministère de tutelle par des dons aux facultés et écoles. Aujourd’hui, des pays autres que le nôtre prennent en charge le désenclavement numérique des différents campus. Dans tous les cas, tout est à faire dans le domaine des équipements.

b) Le personnel

  • Le personnel enseignant
La tradition observée dans ce secteur relève d’une politique de semi-liberté. Il devrait revenir aux enseignants d’exprimer leurs besoins en personnel requis par la formation et le programme, celui-ci obéissant à des objectifs de sortie des produits. Cela devrait déboucher sur l’ouverture des postes chaque année, que relayerait le rectorat en direction de la tutelle et du gouvernement. La pratique actuelle est tout à fait le contraire. Le gouvernement annonce le nombre de postes prévus par le budget, et les facultés de se ruer au conseil scientifique pour arracher le maximum. Ces types de recrutement ne respectent pas les besoins réels des départements. D’autre part, le personnel actuel est vieillissant et beaucoup partent à la retraite même dans la disposition de l’allongement de l’âge de la retraite. Ils ne sont pas remplacés de sorte que les recrutements qui se font ne résolvent pas le problème créé par les départs. L’on recourt à d’innombrables heures supplémentaires et de vacation.
De plus, comme ce personnel est un vivier de compétences au plus haut niveau, l’état y opère légitimement des prélèvements pour aider aux taches politiques et de développement. Cela entraîne des vacances de postes.

  •  Le personnel administratif, technique et de soutien
Cette composante de l’université, si indispensable à son fonctionnement, vient la plupart du temps de la fonction publique ou de la direction du personnel d’état. Il y est le plus souvent affecté avec la mention pour emploi sans aucune indication du poste à occuper. Il est évident, dans ce cas, que son profil n’est pas toujours en adéquation avec le poste qu’on lui confie. L’université apparaît ainsi comme un service qui accueille des agents administratifs qu’il n’a pas sollicités de façon intéressée. Même lorsqu’elle prend l’initiative de recruter sur fonds propres, elle n’observe pas toujours la règle de l’adéquation du poste et du profil.

2- L’énergie et l’eau

Jusqu’à ces derniers jours, l’université publique béninoise est tributaire de la fiabilité de la fourniture de l’énergie électrique par la SBEE. Une fois que le fournisseur national a des problèmes dans ses installations, l’université est victime des défaillances. Cela arrête les activités aussi bien des laboratoires, de l’administration que de la pédagogie. Les mêmes défaillances dans la fourniture de l’énergie entraînent l’arrêt du fonctionnement des châteaux d’eau là où il en existe. Ainsi, les structures qui utilisent de l’eau pour leurs activités, tels que les laboratoires, s’en trouvent perturbées.

3- La recherche

 En considérant que l’université doit rendre des services à la société, la recherche à l’université n’a pas véritablement d’impacts dans cette société. La direction interne de la recherche choisit et finance de petits projets de recherche dont les résultats sont archivés sans aucune démarche de vulgarisation et de publication. Hormis certains enseignants qui réussissent à trouver et inventer quelque chose, la recherche appliquée est un secteur relativement abandonné alors que les enseignants mènent des recherches formelles seuls ou en équipes, dont ils publient les résultats dans des revues spécialisées afin de passer leurs différents grades au CAMES.

4- La morosité et la violence

Toutes ces faiblesses entraînent, bien entendu, chez les usagers de l’université des frustrations démobilisatrices des meilleures volontés. Bien plus que cela, elles compliquent et piègent la gestion de certaines taches cardinales de la formation, les évaluations en l’occurrence. Lorsque viennent à se greffer sur ces difficultés les revendications corporatives des composantes de la communauté universitaire, la démobilisation est à son comble et tout devient morose.
De plus, certains mouvements revendicatifs s’accompagnent de violence, de coups et de blessures, d’actes de vandalisme inexplicables faisant accroire que les difficultés entre des individus cohabitant le même territoire ne devraient se trancher que dans l’affrontement. Dès lors que ce climat enveloppe les campus, des années escamotées s’installent, s’enchaînent irrémédiablement avec pour corollaires des formations tronquées, des réseaux de tricheries, des compromissions regrettables et des échecs créant des étudiants carriéristes et posant un problème sérieux pour la gestion des flux.

 5- Les succès de la tutelle

Cependant, la tutelle n’a pas induit l’université à ne donner que de mauvais résultats ; des succès notables s’observent, qui mettent sur le marché du travail et dans l’administration générale, des cadres nantis d’une bonne formation initiale ou d’une formation technique et spécialisée. Cela est bien compréhensible parce que l’université publique béninoise en général est une institution à double visage, à double vitesse, pourrait-on dire. Elle renferme des établissements qui fonctionnent plus ou moins bien; ce sont les écoles, les instituts et certaines rares facultés. Leur succès dépend aussi bien de leur nature que du mode de recrutement de leurs apprenants et des conditions matérielles de formation. La faiblesse de l’intervention financière de l’Etat y est corrigée par l’apport des apprenants à travers des frais de formation de plus en plus élevés, qui dénient à ces sous-structures leur qualité de « service public ». Pendant ce temps, les facultés dites de formation classique, malheureux déversoirs des déchets provenant des écoles et instituts, peinent sous le poids des effectifs inimaginables et croupissent dans le dénuement. Que faut-il donc faire pour corriger cet état des faits ?

 II- Pour une nouvelle gouvernance de l’université publique béninoise, préalable d’une autonomie

1-Le Bénin doit créer encore cinq universités

En me référant à l’une de mes affirmations antérieures qui stipule que le développement – j’entends le développement intégral d'un pays: croissance économique et autres types de développement – dépend des ressources humaines et de la qualité de celles-ci y consacrées, la plupart des pays subsahariens n’ont pas encore opté réellement pour le développement, car le ratio population université n’y est pas toujours respecté. Si l’on convient que ce ratio est d’une université par million d’habitants, le Bénin se doit encore de créer cinq autres universités. Car là où se trouve une université devrait naître et croître le développement. Si l’autorité accepte d’en créer progressivement, il lui faut les doter d’une autre forme de gouvernance.

2- La gouvernance actuelle

Sous la supervision de la tutelle, la gouvernance polysynodique actuelle de l’université se caractérise par une superposition de nombreux conseils élus. Ils assistent le recteur ou l’autorité exécutive (directeur, doyen, etc.). En leur sein, se trouvent des représentations unipolaires telles que les enseignants seuls (le Conseil Scientifique-CS-, le Conseil des Chefs d’Etablissements-CCE-, le Conseil Pédagogique-CP-, les différents Comités Scientifiques Sectoriels-CSS- et des comités ad hoc ponctuels ou pérennes pour des questions diverses) et des représentations multipolaires où siègent les membres désignés de toutes les composantes de la communauté universitaire (le CODIR par exemple). A mon humble avis, cette forme de gouvernance est un frein à l’évolution de l’université parce qu’elle se préoccupe de questions superficielles, ne s’intéresse pas à confectionner un plan stratégique de l’évolution de l’université, survole ou oblitère la question importante du marché du travail pour le placement des produits, effleure à peine le domaine très sensible de la recherche, de la recherche-action pour les services à la communauté. Plus profondément, cette gouvernance, handicapée par le manque de collaboration entre le recteur et ses adjoints, oublie totalement que l’université est, dans sa complexité notoire, tout à la fois une organisation, une institution et une administration, donc une entreprise. Elle en est à gérer des contradictions internes, soit de ses membres, soit des intérêts divergents de groupes. Ce faisant, elle laisse en plan l’essentiel de sa mission qui peut être formulée de façon lapidaire : « former convenablement des apprenants, futurs acteurs du développement, et produire des connaissances. »

J’entends souvent critiquer dans nos réunions syndicales la mauvaise gestion de nos universités. Certains pensent qu’elles seraient mieux gérées si elles avaient l’autonomie. Ils en oublient que la bonne gouvernance ne consiste pas seulement à dépenser convenablement la subvention allouée par l’Etat, mais à mener de front et dans une cohérence totale les trois dimensions organisationnelle, institutionnelle et administrative de l’université. D’autres, plus théoriques, extrémistes et dogmatiques, n’entrevoient l’autonomie qu’à travers une expulsion de l’Etat de tout le rouage, l’existence d’un nouvel état recevant pourtant ses moyens de l’Etat et payant lui-même ses salaires. Paradoxe saisissant qui fait sourire en coin! Ceux-là en oublient que l’Etat est partout propriétaire et comptable de l’Education de ses citoyens et, particulièrement de l’enseignement supérieur et que leur position est utopique. La flagrante univocité entre nos Etats d’Afrique et la société oblige l’université à vivre avec l’Etat, le grand commandeur et consommateur des services à la société, l’une des missions de l’université. Il appert que l’université-entreprise, en tant qu’institution, est jugée à partir de deux aulnes : sa performance et son utilité à la collectivité.
A partir de quels indicateurs juge-t-on de sa performance et de son utilité ? D’une part, à partir des acteurs livrés sur le marché du travail et leur prégnance sur et dans le développement et, d’autre part, à partir des résultats de recherche qui résolvent les grands problèmes vitaux posés à la communauté. Pour y parvenir, l’université doit se remettre constamment en question à travers ses programmes de formation et de recherche. Et c’est ce que l’université africaine, comme dans un mouvement d’ensemble, s’apprête à faire en travaillant à l’adoption du système LMD, comme socle conducteur des programmes et de l’enseignement.

 3- L’adoption du système Licence-Master-Doctorat (LMD), un moyen de refondation de l’enseignement supérieur au Bénin

Depuis les années 2000, et particulièrement les années 2005, les universités subsahariennes réfléchissent inlassablement à la reconfiguration de leurs programmes universitaires afin d’ancrer davantage leurs produits dans le sens d’une employabilité conséquente de leurs produits. Elles le font en tentant de respecter ou de réadapter les standards du système Licence-Master-Doctorat (LMD) pratiqué depuis de nombreuses années en Amérique du Nord et ajustés à ceux de la Déclaration de Bologne. L’université béninoise est partie prenante de ce mouvement en tant que membre-fondateur du REESAO, Réseau pour l’Excellence de l’Enseignement Supérieur en Afrique de l’Ouest. Elle balise en ce moment les pistes pour un basculement en 2011 en définissant le système, en informant et formant les enseignants sur sa gestion, en en clarifiant les outils techniques. Les notions d’offre de formation, de parcours de formation, d’unité d’enseignement, d’élément constitutif d’unité, de crédit capitalisable et transférable ont été défrichées. Il apparaît que le système renferme des enjeux majeurs dont quelques un sont :

 - Enjeux de conformité institutionnelle par le respect des orientations du gouvernement, celui peut-être des directives de l’espace UEMOA, le respect des standards du REESAO et celui des directives du CAMES en la matière ;
 - Enjeux de professionnalisation de la formation aux différents grades licence, master et doctorat. Là, chaque domaine, chaque mention doivent pouvoir prendre des initiatives hardies pour professionnaliser ;
- Enjeux de flexibilité, de mobilité et d’harmonisation afin de permettre au plus grand nombre, où qu’il soit, de poursuivre sa formation le plus loin possible, afin de régionaliser, de continentaliser et d’internationaliser la formation ; - Enjeux de modernité à travers tout à la fois le programme, l’innovation pédagogique, les moyens et techniques d’enseignement, les types d’enseignement, les infrastructures et les équipements.

Il va de soit que de tels enjeux appellent des défis à relever avant d’entrer au LMD :

 - Le financement des offres de formation, de la professionnalisation et des universités. Le système est mangeur d’argent ; il ne supportera pas les saupoudrages et les mannes. J’ai visité des chiffres des pays de par le monde, mais on ne compare que ce qui est comparable. Mais à titre d’exemples, l’UE dépense en moyenne 1,2% de son PIB pour l’enseignement supérieur, l’OCDE, 1,7%, le Canada, 2,3%. Notre Etat a le devoir d’inscrire l’enseignement supérieur parmi ses priorités et lui accorder une attention plus organisée et plus soutenue s’il veut vraiment se développer ;
- Le défi technologique interpelle les gouvernants. Car comment gérer un système aussi complexe avec une infrastructure technologique balbutiant, inexistante par endroits, obsolète et dépassée en d’autres ? Les ressources documentaires, les supports de cours, le e-Learning, la recherche, les TICES sont demandeurs d’une technologie de pointe. Il faudra peut-être organiser des sessions de formation à l’usage de l’outil informatique au profit des enseignants et du personnel non enseignant, car beaucoup d’entre ces acteurs de l’université sont encore des analphabètes dans ce domaine ;
- La pertinence sociale et économique exige que les nouveaux programmes et les offres de formation répondent aux besoins exprimés de la société béninoise dans son entièreté et qu’ils l’aident à relever les défis majeurs que lui posent son développement, sa vie sur des pans différenciés du territoire national ;
- La capacité de l’université à gérer efficacement les nouveaux programmes avec la massification des effectifs, environ 50.000 apprenants pour la seule université d’Abomey-Calavi, concentrés pour la plupart dans les formations dites classiques, déjà 8000 étudiants pour la relativement jeune université de Parakou. Ainsi, près de 60.000 apprenants pour deux universités dont l’une est incomplète sont confiés à moins 800 formateurs ; il s’impose :
- La restructuration des facultés dites de formation classique. J’ai la conviction qu’elles peuvent évoluer autrement que sous leur forme d’organisation actuelle. Beaucoup de pays de la sous-région ont créé depuis longtemps des UFR afin de déconcentrer les facultés traditionnelles engorgées et d’y rendre le travail d’enseignement et de recherche plus efficace. De fait, en demandant un investissement aussi important que la faculté, l’UFR offre l’avantage d’être une structure plus malléable ;
- Le défi humain et de main-d’œuvre. Le personnel enseignant, le personnel administratif, technique et de soutien sont-ils en nombre suffisants pour s’attaquer à la réforme et la réussir ? Il y aura lieu de procéder à des recrutements adéquats, c’est-à-dire sur poste et profil, il y aura lieu de faire entrer les professionnels dans le personnel enseignant des universités ;
- La formation d’une relève de qualité dans des écoles doctorales thématiques. Les enseignants d’université ne courent pas les rues. Ce sont des denrées rares aujourd’hui. Il importe que des écoles doctorales soient créées pour la formation d’un personnel de renflouement et de relève ; - L’intéressement au métier de professeur des universités du Bénin. Le pouvoir public le sait mieux que moi. Les jeunes cerveaux que nous pouvons utiliser dans l’enseignement désertent la profession parce qu’elle ne nourrit point décemment son homme au Bénin. Refusant de marcher sur les platebandes des syndicats, je vous laisse penser à cet aspect important, préalable certainement négociable de la réforme ;
- Les infrastructures subséquentes. Peut-on enseigner en LMD avec de grands groupes de 1200 apprenants dans un amphithéâtre si tant est que l’apprenant doit construire son savoir lui-même tout en ayant pour guide l’enseignant. Ce postulat exige que chaque apprenant bénéficie d’une attention soutenue de son professeur. Ce qui, sur le plan théorique, ne se peut dans les grands groupes. Mais entre la théorie et la pratique, il existe la possibilité d’un saut qualitatif réfléchi qui permette de contextualiser sans trop s’écarter des normes. A chacun son LMD, se plaît à dire le président actuel du REESAO ;
 - L’innovation pédagogique et une pédagogie de qualité. L’obligation de former des acteurs compétents et compétitifs incite à utiliser toutes les ressources modernes en pédagogie pour aboutir. Dès lors, se pose l’interrogation de la façon dont il faut procéder et enseigner pour obtenir un fort pourcentage de réussite pour le bien de notre pays. Peut-être devra-t-on coupler les enseignements présentiels avec les enseignements distanciels, axer sur les compétences ;
- L’harmonisation des programmes et leur capacité d’internationalisation. Ce défi n’est pas une uniformisation mais une possibilité offerte aux étudiants et aux enseignants de pratiquer la mobilité. Cela peut favoriser et développer les échanges entre universités du Sud et entre universités du Sud et du Nord en matière d’enseignement, d’apprentissage et de recherche. Et au Bénin, une mutualisation des ressources humaines et des résultats de recherche ;
- La recherche endogène, la recherche appliquée et l’internationalisation de la recherche. Nul ne peut faire cours décemment s’il ne fait pas de la recherche. Mais au-delà, des problèmes de vie se posent aux populations de ce pays : l’autosuffisance alimentaire, l’accès à l’eau potable, la santé par les affections propres aux régions tropicales, l’énergie, etc. qui ont besoin de solutions scientifiques durables afin que la vie soit supportable et que l’émergence pointe. La recherche peut aider à avancer sur la voie de leur règlement pour peu qu’on lui accorde une attention soutenue et qu’on y encourage les acteurs universitaires et chercheurs. Il est question dans cet optique de réformer le secteur de la recherche en l’orientant vers une plus grande implication dans la question du développement ;
- L’apaisement des campus. Il n’est pas juste que les difficultés entre les composantes de la communauté universitaire se résolvent par et dans la violence. En m’appuyant sur la sentence de Jean de La Fontaine qui dit : « plus peut douceur que violence », j’estime que tout désaccord peut se régler dans le dialogue. On doit toujours y recourir pour avoir une université apaisée et travaillant dans la quiétude. Peut-être faudra-t-il vulgariser à cet effet la notion et le contenu de la franchise universitaire afin que les uns et les autres cessent de l’invoquer pour couvrir des désordres punissables par la loi ou pour brimer des acteurs universitaires dans l’exercice de leur droit. Mais l’université elle-même devra certainement prendre des initiatives hardies pour le maintien de l’ordre. Cela passe peut-être par :
  •  une écoute attentive des problèmes de toutes les composantes de la communauté universitaire,
  •  la création progressive d’une police universitaire discrète mais capable d’assurer et de maintenir l’ordre en tout temps,
  •   une démarche responsable dans la recherche des solutions à ces problèmes en en identifiant les sources pour des règlements internes ou externes s’il y a lieu. Dans le cas des règlements externes, chaque composante en difficulté doit pouvoir bénéficier, dans la mesure du possible, de l’accompagnement de l’autorité universitaire afin de se sentir porter, épauler par la communauté. L’autorité universitaire doit être un facilitateur, une interface où se catalysent toutes les difficultés et les aspirations de la communauté universitaire.
  •  la création près du rectorat d’un service social autre que celui du CENOU afin d’entretenir cette capacité d’écoute, car il n’y a pas que les problèmes corporatifs, des individus du personnel peuvent avoir des difficultés de vie et avoir besoin d’assistance.
- Le cadrage juridique pour la gestion des formations, de la recherche, des hommes et des biens. En effet, beaucoup de situations à l’université sont gérées par les sentiments et non par des textes juridiques. Il convient que, par le canal du ministère de tutelle, l’université fasse prendre des textes de loi sur les grandes questions engageant la vie et la responsabilité de l’institution afin de permettre une gestion réglementaire des formations, de la recherche des personnes et des biens. De telles dispositions mettront fin aux multiples actes et tentations de sentimentalisme administratif, indiqueront aux uns et aux autres leurs droits et devoirs et feront atteindre une efficacité dans le travail. Car la rigueur n’est synonyme de méchanceté mais du bon ordre pour des résultats probants.

Ces différents défis donnent le tournis et font peur si l’on ne les conjugue pas en un plan stratégique et ne les décline en faisabilités échelonnées jusqu’à l’avènement du LMD. Mais au-delà, ils interpellent la volonté politique sans laquelle rien ne se peut vraiment dans ce domaine. Leur mise en œuvre par l’université est le fondement d’une nouvelle gouvernance appuyée par une autonomie raisonnée.

III- L’autonomie n’est pas une panacée pour la viabilité de l’université publique béninoise

La fixation de la mission de l’université en appelle à une nouvelle forme de gouvernance. Plus que l’unique question de la gestion financière, des hommes et du matériel pour une meilleure efficacité et productivité de l’université, au double plan de la formation et de la recherche, il se pose globalement la question de sa rentabilité aux fins d’une visibilité notoire, d’une accréditation et d’une certification. Me plaçant dans la perspective de l’université-entreprise, cela ne se peut, et c’est mon avis très discutable, qu’à travers le regard de l’Etat, ceux des autorités politiques du territoire d’implantation de l’université, des professionnels, des anciens étudiants placés, des enseignants, des syndicats, des étudiants eux-mêmes. Ce sont là les membres d’un conseil d’administration qui devrait accompagner le recteur élu dans sa fonction de gestionnaire de l’université.
Evidemment, les membres extérieurs de ce conseil ne seront jamais en nombre supérieurs à ceux choisis à l’intérieur, car la confiance est essentielle à cette bonne gouvernance à laquelle devrait aspirer l’université béninoise ; or, l’on ne peut avoir confiance qu’en ses propres mandataires du moment que ce qui importe ici est de faire accepter les décisions. Ce conseil d’administration bâtit le plan stratégique de l’institution, donne mandat au recteur de l’exécuter et en contrôle périodiquement le niveau d’exécution. A travers l’existence de ce conseil plurisectoriel, le financement de l’université n’incombera plus au seul Etat ; ils y participeront : le pouvoir décentralisé, les entreprises, les différentes chambres de métiers et j’en passe. A cet égard, il importe que ces nouveaux acteurs de l’université soient informés de leur nouvelles responsabilités, car il ne suffit pas d’octroyer 100 hectares par ci, 50 par là pour s’accaparer d’une université ou de son démembrement, il s’agira de participer à son fonctionnement.
Ce fonctionnement s’appuie sur une démocratisation dans laquelle collégialité et consensus sont des préalables indispensables. Leur culture et pratique permettent d’atteindre des performances maximales. Cela implique que nous revisitions les textes actuels de l’élection des recteurs afin d’en corriger les faiblesses. En effet, une équipe rectorale au sein de laquelle chacun se taille le rôle qui lui plait, récuse finement l’autorité du recteur et se comporte comme s’il en était lui-même un, ne peut pas réussir à diriger convenablement l’entreprise qu’est l’université. Ainsi, devra-t-on revoir le mode de désignation de ces fonctionnaires si indispensables à la gestion de la chose universitaire. Un questionnement sourd hante l’esprit des uns et des autres. A-t-on vraiment besoin de trois vice-recteurs ? Une direction de la recherche et une autre chargée de la coopération interuniversitaire ne feraient-elles pas le travail actuel ? Ne peut-on pas faire nommer un vice-recteur par le gouvernement sur une proposition conjointe du recteur élu et du ministre en charge de l’enseignement supérieur ? Ainsi le recteur détiendra réellement le pouvoir de coordination des actions engageant la vie de l’institution. Car l’université a besoin de construire une relation de confiance par la transparence de ses décisions, la cohésion de ses dirigeants et une plus grande implication de toute la communauté universitaire dans les choix stratégiques. La démocratisation de la gestion universitaire assure la bonne gouvernance. Cependant, posséder des marges de manœuvre financières est-elle une vraie autonomie ?
Si l’autonomie est synonyme d’indépendance, l’université ne pourra jamais conduire une politique où l’œil de l’Etat et des bailleurs de fonds sera totalement absent. Mais elle peut et doit :
  • avoir des ressources dont elle a besoin pour son action et son évolution ;
  • défendre, par l’entremise de son recteur, son budget devant la représentation nationale ;
  • conduire sa politique de recrutement, celle de la formation de son personnel ;
  • créer des bureaux d’études pour rendre des services à la nation et générer quelques revenus propres, mais veiller à leur bon fonctionnement ;
  • Collecter des commandes de recherches financées
  • Pratiquer et encourager les projets d’établissements;
  • amener l’Etat ainsi que les autorités politiques à faire des commandes de recherches financées ;
  • déclarer des postes vacants et procéder à des recrutements de remplacement ;
  • remplacer ceux qui sont admis à la retraite.
Ces tâches ne peuvent se faire sans le contrôle de l’Etat, le principal pourvoyeur de moyens. Aussi, dois-je affirmer que cette autonomie est une semi-indépendance, une autonomie tronquée.
Un autre aspect de l’autonomie que nous ne percevons pas  bien, réside dans la transmission des connaissances. L’enseignant est le détenteur de ces connaissances, mais le groupe régule la façon dont il les livre et celle qu’il utilise pour l’évaluer chez les apprenants. En cela lui aussi n’est pas libre ; il vit dans une semi-autonomie.
Enfin, une telle université n’a réellement conscience de son efficacité sur le terrain de l’emploi et des services à la communauté que lorsqu’elle se fait évaluer elle-même périodiquement. Cet audit peut être interne ; on lui reproche la complaisance ; il peut être externe et aboutit à la certification, à l’accréditation à partir desquelles rayonne le capital de confiance en l’institution universitaire. Ainsi, l’autonomie n’est pas une panacée pour la réussite et la visibilité d’une université, mais la bonne gouvernance fondée sur la démocratisation.

CONCLUSION

Je n’ai pas respecté mon engagement de départ à savoir ne pas vous gaver de théorie. Je n’y ai pas échappé parce que je suis un observateur de l’université en même temps que j’y travaille. Je suis donc bien placé pour en montrer les dysfonctionnements et pour bâtir ma théorie de sa régulation pour qu’elle remplisse la mission qui lui est dévolue. Ai-je réussi ? je l’ignore. C’est à vous à le dire. Je vous remercie de m’avoir écouté.

Professeur Ascension BOGNIAHO
Par BOGNIAHO
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Jeudi 13 août 2009 4 13 /08 /Août /2009 20:12

Depuis quelque temps, une intense croisade contre le sous-développement s’est levée dans le Bénin. Orchestrée par l’actuel Premier des Béninois, elle tutoie avec véhémence la Coopération internationale, interpelle  et titille la pauvreté afin de la sortir de son antre et la vaincre, flatte et cajole l’éducation  pour lui pendre des cadres de valeur, lorgne la santé des plus vulnérables d’entre nous, effleure l’agriculture de la pointe de ses lances et, enfin, pour en rester là, interroge le sous-sol pour lui arracher des trésors enfouis. En quelques mots, la croisade tentaculaire a investi et contaminé tous les fronts susceptibles de développer le pays. Et il flotte dans l’air ambiant de notre pays un vent de changement aux filets inégaux et fluctuants, par endroits flous, à peine caractérisables en dehors du poncif du changement, par ailleurs vigoureux tels les souffles violents d’une bourrasque. Aucun citoyen, à moins d’être un aigri rétrograde et insatisfait, ne peut nier le déploiement de ces activités et s’y opposer réellement.  

Cependant, si nous n’y prenons garde, le changement s’essoufflera rapidement comme un éolien évanescent, il s’éculera, usé par des actions en flots, inachevées parce que peu ou mal pensées, et par la parole circonstancielle et normée dans des clichés de la langue de bois, et cela pour être à la vogue ou de mode. Le Béninois aime, sans conteste, la mode, car il est opportuniste, individualiste, pensant beaucoup plus à lui-même qu’aux autres. Il change rapidement sa veste, mais toujours « du bon côté » pour utiliser le mot d’un chanteur français. En témoigne le vocabulaire des discours des adeptes accrocs du changement. Quatre mots en font invariablement la richesse ; ce sont : «  changement, émergence, changeant et émergent ». Ils sont si bien accoutrés dans la communication comme dans une invocation au nouveau dieu ‘’Emergence’’ qui ne cesse de faire des adeptes. Et les occasions sont légions pour draîner des foules vers lui : les fêtes de remerciements des élus à l’intention de leurs  électeurs, les assises des partis politiques, les marches contre ceci ou cela, les célébrations solennelles d’enterrement, de mariage et que sais-je encore ?

Si l’émergence est, dans une moindre mesure, synonyme de développement ou de son amorce, un pays ne peut connaître une croissance de quelque sorte qu’en comptant sur la volonté engagée de son capital humain et de son intelligentsia. En imaginant un pays nanti de toutes les ressources du sous-sol, il faut aussi imaginer que son développement serait impossible s’il ne peut compter sur ce capital humain. Vous suivez certainement mon regard vers des pays africains scandales géologiques croupissant dans la misère crasse et la guerre intestine.

Ce capital humain dans le cas de notre pays est principalement la masse laborieuse des campagnes. Elle avoisine les 80% de la population de ce pays et travaille rudement et essentiellement dans le secteur agricole. Si on ne lui accorde pas une attention particulière, l’émergence ne sera qu’un vain mot, un regrettable donquichottisme.

A la vérité, l’agriculture sera, qu’on le veuille ou non, le moteur de notre développement et ne pas s’en convaincre afin de  prendre sa modernisation et son extension à bras le corps, ressemble, à mon humble avis, à de l’aventurisme. Certes, les lettrés de l’administration générale œuvrent depuis des lustres pour la croissance de notre pays, car il faut un peu de tout pour faire un monde. Mais il faut à ce pays, fondamentalement de fiscalité et arrimé à la Coopération internationale, une valeur marchande : la terre peut et doit mener notre pays à l’émergence tant rêvé.

C’est pourquoi, comme l’ont suggéré les deux professeurs de la Faculté des Sciences Agronomiques (FSA) sur une des émissions ‘’Ma part de vérité’’ de Golf Télévision, il urge pour ce pays de déterminer des pôles d’agriculture. Ici, c’est le coton, là, l’anacarde, là-bas, le manioc, plus loin, un autre produit. Tout le Bénin ne peut être couvert de cultures de rente comme il n’en faut pas qu’une seule. Une agriculture organisée et couplée avec l’élevage est à même de porter le pays vers l’avant parce que si le plus grand nombre peut manger à sa faim après avoir acquis des devises provenant des exportations, il peut scolariser ses enfants, se soigner convenablement et se loger décemment ; ainsi le sous-développement reculera pour faire place à une émergence progressive. J’ai observé nos nouvelles habitudes alimentaires dans nos grandes métropoles. Nous mangeons de la banane plantain frite appelée aloco chez les Ivoiriens, nous mangeons l’atchiéké des Ivoiriens toujours. Savez-vous que cette banane vient en grande partie du Ghana ? L’atchiéké, de sa terre natale ?  On ne s’explique pas que le Nigéria nous fournisse en œufs et que nous continuions à importer des poissons surgelés, des croupions de je ne sais quel volatile et des poulets communément appelés ‘’poulets-morgues ou cadavres’’. Nous pouvons produire tout cela sur place, pour peu que nous le demandions à notre terre. Elle nous le donnera par la valeur-travail.  Elle est en grande partie notre planche de salut.

Mais de quelle agriculture s’agit-il ? Cette agriculture-là se décline en des exploitations de grandes tailles sur de grandes étendues. Les rizières du Tonkin, de Malaisie, de Chine n’occupent pas quelques arpents de terre, encore moins le blé européen ou américain. Ils s’étendent sur des exploitations à perte de vue. Des objecteurs se demandent déjà où trouver ces terres. Eh bien !  Il y en a.

Dans la partie septentrionale du pays s’étalent des superficies en friche où la main de l’homme passe à peine. C’est au sud que la question se pose avec acuité. Il y a lieu d’observer deux cas. Le régime foncier traditionnel donne toutes les terres aux premiers occupants, crée ainsi de gros propriétaires terriens à côté de groupes sociaux dépourvus. D’autre part, le patrilignage a instauré une distribution des terres entre les enfants mâles et leurs petits enfants. Il s’en est suivi un morcellement désastreux des terres. Un enfant hérite de son père un hectare ; s’il fait cinq fils, l’hectare sera divisé en cinq parts et ainsi de suite. La terre est donc lépreuse de propriétaires et son travail ne rapporte rien à personne, ni audit propriétaire, ni au pays, sinon la misère.

La nécessité de création de grandes exploitations appelle à une réforme agraire. Beaucoup de pays dans le monde en sont passés par là. Il ne s’agit pas de déposséder ou de spolier, ni de brandir par terrorisme un quelconque argument d’utilité publique pour flouer les propriétaires, à moins de vouloir embraser le pays, mais il s’agit de recenser les terres et leurs propriétaires par une reconnaissance réelle de leur droit.

Au terme de cette démarche, on pourra aisément mettre en commun les surfaces pour constituer de grandes exploitations. La structure ne sera certainement pas celle des fermes d’Etat d’antan, qui ont périclité par le fonctionnarisme ; ce ne seront pas non plus des colonies de peuplement ou de développement qui tansplantent des populations allogènes sur des terres prises à des groupes sociaux autochtones. Et tandis que ceux-ci errent à la recherche de lopins de terre à exploiter pour leur subsistance, des étrangers exploitent leur terre à leur profit. En procédant de la sorte, on aura oublié que toute société est constituée de communautés aux identités distinctes et dont les membres sont liés par le politico-religieux. La communauté perçoit parfaitement l’altérité d’autrui, la comprend mais n’y entre pas. Toute frustration extérieure engendre un repli identitaire et l’agressivité, source d’échec de l’entreprise spoliatrice. L’échec de la riziculture dans la vallée de l’Ouémé, celui de la palmeraie industrielle ici et là et celui des 3S y trouvent en partie leur fondement. La violence faite aux agents pétroliers dans le delta du Niger au Nigéria corrobore davantage mon propos.  

En fait, les exploitations auxquelles je pense fortement seront des coopératives adossées à un réaliste organigramme endogène, à la nécessaire et incontournable mécanisation et à l’assistance épisodique des experts agricoles et d’élevage chevronnés et aguerris. Il reviendra à l’Etat d’organiser les différents circuits de collecte, de pourvoir au stockage et à la conservation, de manager la transformation et l’exportation. On m’accusera de dirigiste économique. J’ai la conviction que l’Etat doit être le premier pédagogue dans ce domaine avant de laisser éclore les initiatives privées.

Nombreux seront évidemment les acteurs impliqués par le système préconisé. Il faudra    des sociologues, des topographes, des agronomes, des économistes, des assistants en élevage, des ingénieurs mécaniques, des communicateurs et beaucoup d’autres encore. Il est clair que la formation à ces métiers urge et pourra se faire surtout dans le cadre du système Licence-Master-Doctorat à mettre en place.

Mais la formation au métier d’exploitant-coopérateur agricole est également nécessaire. Devant être commencée sur le tas et le tard pour l’instant, elle se raffermira  dans les rouages de l’alphabétisation qui en constituera une formidable adjuvante. Elle devra tendre à rendre les paysans combattifs et accrochés à la trilogie formation-protection- rémunération. Car un paysan-exploitant formé doit pouvoir trouver les moyens de protéger sa production et sa corporation par une rémunération subséquente. Nos paysans devront très vite devenir modernes sinon la mondialisation qui les avait déjà frappés dans les produits de rente les fera disparaître. Mais quelle alphabétisation fera pour ce travail de sauvetage? C’est là le hic.

En définitive, le capital humain est incontournable dans la tension de notre pays vers l’émergence. Il faut donc repenser plus profondément notre développement et nous persuader que le coton, l’anacarde, le pétrole à venir peut-être, la fiscalité et les aides extérieures ne peuvent suffire à nous faire émerger, qu’il nous faut convoquer davantage la terre, notre terre, notre richesse à ce tournant de l’existence de notre pays, car il nous faut nous développer aujourd’hui ou périr.

 

 Cet article a été publié au Bénin depuis l'an dernier dans les colonnes du quotidien La Nation

 

Par BOGNIAHO
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